La tristesse
Elle a un coeur de grande douleur,
Elle semble avoir la jaunisse;
Aussi Avarice n´eût-en elle rien,
rien est auprès d´elle
pour la pâleur et la maigreur,
car le chagrin et la détresse,
les soucis et le tourment
qu´elle souffre de tour et de nuit
l´ont intensément fait jaunir
et devenir maigre et pâle.
Jamais aucune créature ne fut soumise
à un tel martyre et n´éprouva une douleur
aussi forte que celle qu´elle semble ressentir.
Je crois que personne ne saurait faire
Chose qui pût lui plaire
et qu´elle ne voudrait à aucun prix
s´arracher la douleur
qu´elle a en son coeur ni se consoler:
elle a le coeur trop aflige
et sa douleur trop profondément enracinée.
Il apparaît bien qu´elle éprouve
une grande souffrance,
car elle n´a pas hésité
à se griffer le visage
et elle n´a pas fait grand cas de sa robe;
en maint endroit elle l´a déchirée,
en femme qui a cédé à l´égarement.
Ses cheveux ne sont plus en treces,
mais gisent épendus sur son cou,
car elle les a tirés et arrachés
sous l´éffet de l´emportement et le chagrin;
et sachez bien véritablement
qu´elle pousse des profonds sanglots,
nul, si dur fût-il, ne l´aurait vue
sans se resentir pour elle une grande pitié,
car elle se lacérait, se frappait
et elle heurtait ses poings l´un contre l´autre.
Elle était toute occupée à manifestar sa douleur,
la malheureuse, l´infortunée;
elle n´éprouvait nul intérêt pour les rejouissances,
les “caroles” et les danses,
car, celui qui a le coeur en peine,
sachez pour vrai qu´il n´a pas envie
de danser et “caroler”.
Nul homme, éprouvant de la peine,
ne pourrait résoudre son coeur à montrer de la joie,
car joie et peine sont deux contraires.
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